Le perfectionnisme

ça, c’est tout moi. Payer un montant conséquent pour enfin avoir le blog de mes rêves, y poster un article, puis disparaître dans un nuage de fumée. Enfin, si seulement il y avait un nuage de fumée. Je suis la première agacée par ce comportement, et pourtant je ne peux pas m’en empêcher. Je pensais pourtant que dépenser de l’argent me contraindrait à être régulière. Force est de constater que non, cela ne change rien. Il faut creuser plus profondément pour comprendre ce qui me bloque. Pas trop non plus. L’explication, chez moi, est plutôt évidente : j’ai la trouille. Cette trouille me convainc en permanence que rien n’est suffisamment parfait que pour être publié. En cet instant précis, elle me murmure que, très franchement, je pourrais améliorer mes tournures de phrase. Cette sale manie porte un nom, et c’est le perfectionnisme.

Le défaut le plus cité lors des entretiens d’embauche

J’ai envie de les gifler, ces gens qui, dans un gloussement, répondent à un employeur que leur plus gros défaut, c’est le perfectionnisme. Déjà, parce que si c’était réellement le cas, ils ne glousseraient pas. Ils grimaceraient, soupireraient, lèveraient les yeux au ciel tellement la chose est énervante. Ensuite, parce que les gens comme moi passent pour des fayots. Pourtant, c’est réellement mon plus gros défaut. Cette course effrénée pour atteindre la perfection est extrêmement handicapante dans la vie de tous les jours, car elle empêche de réellement avancer, elle empêche d’accomplir des choses. Et plus je vieillis, plus cela empire. J’en suis à un stade où même cuisiner est devenu un challenge, car ce que je cuisinerai ne sera jamais suffisamment parfait à mes yeux.

Quelques exemples des choses que cela m’empêche de faire sereinement :

  • Postuler pour un emploi
  • Poster du contenu sur les réseaux sociaux
  • Répondre à un e-mail important
  • Me maquiller (oui oui, ça va loin)
  • M’habiller comme j’aime

Le perfectionnisme, symptôme d’une peur bien enracinée

Mais qu’est-ce qui fait que ce foutu perfectionnisme nous tétanise à ce point ? En fait, il s’agirait de ne pas être trop dur avec cette manie que nous sommes nombreux à développer. En fait, il ne s’agit ni plus, ni moins, que d’un mécanisme de défense. Un moyen de vous protéger de l’échec (car s’il ne prend pas de risque, on n’échoue pas), mais également de la réussite. Voilà une peur que l’on est nombreux à sous-estimer. Pourtant, dans mon cas, je n’ai pas réellement peur d’échouer. La preuve ; j’échoue très régulièrement. Réussir en revanche ? Ce simple mot me file la chaire de poule. Et lorsque je m’en suis rendue compte, il m’a fallut comprendre pourquoi ? Je ne pourrai pas développer les raisons, bien trop personnelles, ici, mais le fait est que je me suis convaincue que je n’avais pas le droit de réussir. Cette croyance limitante m’accompagne depuis que je suis enfant, et a ressurgi à chaque moment décisif de ma vie. J’ai donc développé un perfectionnisme qui s’exprime au plus fort lorsque j’essaie d’insuffler des changements positifs dans ma vie. Si je me mets au sport, j’abandonne rapidement, car je n’atteins pas les objectifs (souvent irréalisables) que je me fixe. Lorsque je m’impose d’écrire une ou deux heures par jour, j’abandonne car la qualité de ce que je produis n’est pas à la hauteur de mes attentes. Toutes les activités que je teste finissent par être délaissées car je ne parviens pas à atteindre la perfection. Et cela m’aura pris des années avant d’identifier la raison pour laquelle je m’auto-sabotais derrière la recherche d’une perfection inatteignable.

Le rapport avec le blog ?

Vous le ferez rapidement ; dès que je m’installais devant mon ordinateur afin de pondre un article, mon estomac se nouait. J’écrivais les premières phrases, puis les effaçait aussitôt. Je me levais, allais me faire une tisane, me réinstallais devant l’ordinateur. Mes doigts suspendus au dessus du clavier semblaient soudain oublier l’emplacement des lettres. Ma gorge se serrait, et l’énervement montait. La conclusion était inévitable : dans un geste rageur, je finissais par quitter l’onglet.

La même impulsion, à cet instant précis, me démange. En grande partie car je n’aurai pas de conclusion rocambolesque à partager avec vous ce soir. Je n’ai pas un « top 10 des astuces afin de combattre le perfectionnisme », qui ferait dix millions de vue, et me rendra célèbre. Tout ce que j’ai, c’est ma propre expérience, ainsi que les informations grappillées au fil de mes lectures et recherches. Sur mon épaule, un petit démon me juge en claquant sa langue contre son palais « ça n’apportera rien à personne ! ». Peut-être pas, mais si j’avais un conseil, un seul à vous donner, ce serait : peu importe ce que vous souffle votre démon intérieur pour vous décourager, do the thing. Faites la chose. Faites-la. Menez-la au bout. Terminez-la. Ce ne sera pas parfait, mais ce sera mieux que rien. Alors, c’est facile à dire. Et une part de moi maudit fait que j’écrive ces mots. Cette part de moi préfère se terrer dans un nid de médiocrité ; c’est pas ouf, mais ça rassure. Sauf que la médiocrité, j’en ai personnellement ma claque.

Stratégies et autres conseils

Après tout cela, vous comprendrez que je ne vais pas vous apporter des solutions sur un plateau d’argent. Déjà, car les solutions sont en vous, c’est à vous d’aller les chercher. Mais comment fait-on cela ? Voici, en tout cas, comment je m’y prends.

Déjà, j’écris énormément. J’ai un journal, dans lequel j’écris quasi quotidiennement. Je sais que je touche du doigts lorsque mon corps entier se crispe, et que mon bras droit se fige. C’est généralement le moment où j’ai envie de lâcher mon stylo afin de passer à autre chose. Et c’est toujours en franchissant cette frontière invisible que j’ai fini par découvrir des vérités que j’ignorais à mon sujet. C’est un excellent moyen de découvrir les causes qui nous poussent à l’auto-sabotage. Ce n’est qu’en soignant les causes, les traumatismes que vous avez pu vivre, que vous parviendrez à instaurer des changements durables. C’est un travail de fond nécessaire à toutes les stratégies que vous pourrez mettre en place par la suite. Aucune solution glanée sur le net ne pourra fonctionner sans ce travail préalable. Cela reviendrait à construire un gratte-ciel sur du sable. Oui, cela pourrait fonctionner … quelques temps… mais finira toujours par s’effondrer (enfin, je pense, je ne suis pas ingénieure après tout).

Ensuite, rappelez-vous que ne pas faire les choses que vous devez faire ne vous aidera pas à vous améliorer. Le seul moyen de se perfectionner, c’est précisément de se lancer, de voir ce que cela donne, puis de recommencer. Practice makes perfect disent nos amis anglophones, et sur ce point ils ont bien raison. Le véritable perfectionnisme serait donc de se lancer malgré toutes nos peurs, tous nos freins, et de voir ce que cela donne. En faisant cela, nous faisons de notre esprit critique une force. Car oui, notre perfectionnisme a cet avantage qu’il développe considérablement notre esprit critique. Ce ne sera pas toujours facile, mais où serait le challenge si cela l’était ?

Et je terminerai par mon astuce préférée : partagez ce que vous faites. Cela m’a pris des années avant de faire lire mes écrits non terminés à des bêta-lecteurs, mais je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. Dans un premier temps, cela créera un sentiment de « responsabilité » : des personnes sont au courant que vous travaillez sur quelque chose et non seulement vous n’avez pas envie de les décevoir, mais en plus, votre égo vous poussera à terminer ce que vous avez commencé. Dans un second temps, les personnes avec lesquelles vous partagerez votre travail seront plus objectives que vous. Elles verront ce qui ne va pas, mais également ce qui va bien. Cela implique bien sûr de vous trouver un entourage bienveillant, dans lequel vous pouvez avoir confiance. C’est personnellement ce que je fais avec mes romans. J’ai une poignée d’amis qui auront toujours la primeur sur mes textes, car je les sais à la fois intransigeants, mais également d’une infinie gentillesse. Ils pointeront toujours autant le positif que le négatif. Leurs retours me donnent envie de persévérer.

Cet article en guise de thérapie

Je dois, pour finir, vous faire une confidence. J’ai mis sur pause un cours Skillshare sur l’auto-sabotage (Unlocking your Potential: 5 exercices to build your creative confidence par Emma Gannon pour ceux que cela intéresse) afin d’écrire cet article avec un objectif simple : arriver au bout, et le publier tel quel. Ai-je envie de vomir à cette simple idée ? Oui. Mais je le ferai. Et non seulement je le ferai, mais je m’engage également à écrire un article par semaine et à le partager, pendant deux mois. Et on verra bien où cela nous mènera.

Et vous, prêt.e.s à en finir avec le perfectionnisme ?

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