La tête dans les recherches #1

Dans mon dernier article sur mon processus créatif, j’abordais la phase durant laquelle je fais des recherches afin de nourrir mes récits. C’est pour moi une étape inévitable, quel que soit le récit que j’écris. Cela fait également partie de mes petits plaisirs, mais cela s’explique sans doute par le fait que ma curiosité soit insatiable. J’aime découvrir d’autres cultures, d’autres religions, d’autres périodes historiques, d’autres moeurs, etc. Je crois même en être arrivée à un stade où je préfère lire des livres d’histoire ou de sociologie plutôt que des romans. Mais la curiosité, ça se cultive, ça se nourrit. Et plus on nourrit la curiosité plus elle grandit et en réclame davantage. Découvrir de nouvelles choses devient rapidement addictif. Une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus.

Pourquoi faire des recherches ?

piles de livres colorés

Certains types de romans ne semblent pas demander beaucoup de recherches. Je pense notamment aux littératures de l’imaginaire, qui se basent justement sur ce que l’on imagine (logique, jusque là). Or, en théorie, il n’existe pas d’ouvrage de référence sur votre imagination. Sauf que nos mondes sont composés de choses que l’on a vues, lues, entendues, à un moment de notre vie. Si vous rêvez de dragons, c’est que votre esprit a, à un moment donné, assimilé la notion de dragon. Les idées que nous avons ne viennent jamais de nul part, même s’il est parfois compliqué d’en identifier la source. Mais il me semble important de s’en rappeler.

À partir de là intervient la vraisemblance. Un récit n’a pas toujours besoin de coller à la réalité, et le lecteur est prêt à accepter à peu près tout ce que vous lui direz, tant que cela est vraisemblant, c’est-à-dire que cela paraisse vrai et juste dans un univers donné. On parle alors de « suspension consentie de l’incrédulité ». En gros, imaginez que vous passez un contrat tacite avec votre lecteur : il accepte que les règles qui régissent votre roman ne soit pas celle du monde qu’il connait, mais pour cela, il faut que vos règles soient vraisemblables. Or, pour que celles-ci le soient, il faut qu’elles soient tangibles, et cohérentes. Et c’est là qu’interviennent les recherches.

Ce roman que j’ai écrit quand j’avais 18 ans

Pour illustrer mon propos un peu plus clairement, je vais reprendre le roman sur lequel je travaille depuis que je suis adolescente. J’ai commencé à l’écrire quand j’avais douze ans, mais la structure du récit ne fut fixée que lorsque je le réécrivis une énième fois, à mes dix-huit ans. C’était alors la première fois que je m’étais un point final à l’un de mes romans. Un moment teinté d’émotion … et de naïveté. J’ai essayé de l’auto-publier, et j’ai échoué. Avec le recul, je pense que c’est une bonne chose.

Il y a approximativement trois ans, j’ai décidé de le réécrire. Cependant, après l’avoir relu, j’ai réalisé que je n’y connaissais rien en guerre et en armement, ce qui est plutôt gênant pour une histoire qui se base sur un conflit armé. J’ai donc commencé à me renseigner là-dessus. De fil en aiguille, j’ai réalisé que quasiment rien dans mon roman ne tenait la route. Il devait y avoir une incohérence à quasiment chaque page. L’héroïne monte sur le trône à dix-sept ans sans un pet d’expérience, c’est la plus belle, la plus forte, la plus gentille, elle n’a ni conseillers, ni gouvernement (pour quoi faire après tout ?), et sa stratégie militaire est totalement bancale. De plus, à aucun moment ne sont évoqués les obligations liées à la royauté (mariage, alliances, lignée, etc). Mais vous savez quoi ? Ce n’est pas grave, car ce manuscrit n’est pas gravé dans la pierre.

Entre temps, j’ai rejoins une compagnie de reconstitution médiévale (que j’ai découvert … en faisant mes recherches), et je dois admettre que cela aide beaucoup quand il s’agit de me mettre à la place de mon héroïne. Je suis donc en train de réécrire le roman, en faisant attention à la cohérence et … eh bien, beaucoup de points laissent encore à désirer, mais au moins je m’améliore. L’important, c’est d’être conscient de ses faiblesses, et d’y travailler.

NE PAS AVOIR PEUR DES NOUVELLES IDÉES

Faire des recherches risque également de modifier votre postulat de base. Il est possible qu’au détour d’un livre, vous vous rendiez compte qu’un autre parti pris serait plus intéressant que celui que vous aviez de base, ou que tel personnage mériterait d’être davantage développé qu’un autre. Ce n’est pas grave. Une idée est faite pour vivre, pour muter. C’est ce qui la rend si belle. Si au cours de vos recherches, vous réalisez qu’un personnage n’a plus de raison d’être, faites-le disparaître. Il pourra toujours ressusciter dans un autre roman. Ou pas du tout. Ou alors, il interviendra plus tard. Cela peut-être compliqué à digérer, mais il le faut.

De plus, faire des recherches, ce n’est pas uniquement s’imposer des contraintes, c’est également s’ouvrir à de nouveaux horizons. Pour reprendre Réalta, dans la première version, il y avait un peuple inspiré des vikings. Or, je ne savais strictement rien des vikings, sinon qu’ils avaient des drakars. La description que j’en avais faite était plate et inintéressante. J’en avais fait un peuple de barbares, aux moeurs guerrières et en décalage total avec la société « civilisée » représentée à la cour. Or, en faisant des recherches, même très superficielles, sur les vikings, je me suis rendue compte à quel point j’étais à côté de la plaque. Mais étant donné que l’on apprend de ses erreurs, j’ai retravaillé cette civilisation jusqu’à lui donner une identité propre, avec ses codes et sa culture, enrichissant ainsi l’univers dans lequel j’évolue.

En conclusion

À présent que vous savez pourquoi, il serait peut-être bon de se demander comment ? Promis, je vous en parle bientôt. Vendredi même. En attendant, voici un petit prélude à l’article qui sortira, et qui sera dense en informations.

Bien sûr, et je tiens à le rappeler, tout cela est loin d’être obligatoire. Il s’agit avant tout de faire ce qui nous plait, ce qui nous fait vibrer. Et si je trouve que faire des recherches sur son sujet aide considérablement à créer une intrigue et un univers qui tiennent la route, cela reste mon avis, et vous pouvez tout à fait ne pas être d’accord avec moi. C’est ce qui fait toute la richesse de notre milieu !

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